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Description de la rivière du Détroit par Cadillac (1701)

Ses rives sont autant de vastes prairies, dont la fraicheur de ces belles eaux tient l'herbe toujours verdoyante. Ces memes prairies sont bordées par de longues et larges allées de fruitiers... C'est sous ces vastes allées, où l'on voit assemblés par centaines le timide cerf et la biche craintive avec le chevreuil, bondissant pour y ramasser avec empressement les pommes et les prunes dont la terre est pavée; c'est là que la dinde soigneuse rappelle et conduit sa nombreuse couvée pour y vendanger le raisin... Les faisans dorés, la caille, la predrix, la bécasse, la tourterelle abondante, fourmillent dans le bois et couvrent les campagnes entrecoupées...

Le poisson y est nourri et baigné par une eau vive et cristalline, et sa grande abondance ne le rend pas moins délicieux. Les cygnes sont en si grand nombre, qu'on prendait pour des lys les joncs, dans lesquels ils sont entassés. L'oye babillarde, le canard, la sarcelle et l'outarde y sont si communs, que je ne veux, pour en convaincre, que me servir de l'expression d'un (Indien) à qui je demanday, avant d'y arriver, s'il y avoit bien du gibier: "Il en a de tant, dit-il, qu'ils ne se rangent que pour laisser passer le canot."